Le Global Gateway (2021-2027) est la réponse stratégique de l’Union européenne pour contrer l’influence économique et géopolitique croissante de la Chine, notamment en Afrique. Son objectif est de mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros de fonds publics et privés d’ici à 2027 pour financer et développer des projets d’infrastructures dans les pays partenaires, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie, des transports et de la santé.
Concrètement, la stratégie du Global Gateway est conçue comme une offre de partenariat « gagnant-gagnant ». Elle fait du secteur privé un acteur de développement de premier plan. Ce faisant, elle marque une rupture avec l’aide au développement classique. Ce qui pose question.
Est-il vraiment possible pour l’UE de sécuriser les intérêts géoéconomiques et géostratégiques européens, sans pour autant sacrifier ses engagements internationaux envers les pays tiers en matière d’aide au développement ? N’y a
-t-il pas un risque de dérive néocolonialiste ?
Peut-on raisonnablement confier aux investisseurs privés européens, dont la maximisation des profits est le moteur, des missions de développement d’infrastructures durables dans l’intérêt des pays partenaires ?Ci-dessous un podcast consacré à la stratégie européenne dite « Global Gateway ».
Celui-ci propose une analyse critique de cette stratégie, notamment au regard des intérêts des États bénéficiaires et des populations concernées, dans la mesure où l’argent traditionnellement dévolu à l’aide publique au développement (en tant qu’outil de diplomatie douce ou soft power) est réorienté pour satisfaire à des fins stratégiques européennes.
Il soulève par ailleurs des interrogations sur les conséquences environnementales et sociales de cette approche, dans la mesure où les investissements privés se concentrent principalement sur des secteurs à forte rentabilité, tels que les industries extractives, ce qui peut amplifier l’exploitation des ressources naturelles, l’accaparement des terres, la dégradation de la biodiversité et conduire à des impacts négatifs sur les populations locales, notamment les communautés autochtones.
Nous espérons que ce contenu pourra nourrir la réflexion et le débat autour de ces enjeux. N’hésitez pas à le partager à vos contacts.
Inès Trépant, conseillère politique sur les questions de développement et auteure de diverses publications sur les politiques européennes.
Valérie Tilman, maître de conférence à l’Université de Namur.
